jeudi 23 novembre 2017

Verdesse 2015 : renaissance d'un cépage


La Verdesse est un très ancien cépage originaire de l'Isère, remontant à une période où la vigne était beaucoup plus présente dans le département (40.000 ha au milieu du XIXème siècle !). Si elle fait partie des cépages autorisés, elle a pourtant quasiment disparu au profit des cépages "améliorateurs" (Chardonnay, Gamay). Il n'en restait que trois hectares en France en 2011.

Grâce au Centre d'Ampélographie Alpine Pierre Galet situé à Montmélian – dont Nicolas Gonin est vice-président – elle commence à repointer timidement son nez ici ou là. D'autres devraient suivre dans les années qui viennent, comme le Mècle ou le Bia (bon, pas sûr que leurs noms soient très porteurs...)

Issu d'une parcelle surgreffée en 2012, cette Verdesse 2015 est le deuxième millésime récolté. Le premier millésime avait un profil pour le moins tendu, très Riesling/Chenin, avec une verdeur (ou une verdesse ?) assez marquée en finale qui pouvait déstabiliser. Était-ce dû au millésime ou au cépage ? Difficile de dire... Ce second millésime donne un début de réponse... 

La robe est d'un or lumineux.

Le nez est mûr et frais, mêlant les notes de mirabelles et de miel à des senteurs de coing et de rhubarbe. 

La bouche est sur la même dualité : d'un côté, une tension et une fraîcheur rappelant les rieslings alsaciens. De l'autre une matière ronde, mûre, moelleuse, limite grasse. Les deux font très bon ménage. L'aromatique fait très "tarte à la mirabelle", le sucre en moins ;-)

L'acidité, qui était jusque là bien planquée dans la matière confortable, ressort avec tonicité et vigueur en finale et allonge le vin sur plus de 20 secondes, soulignée par de nobles amers. Les fruits mûrs cèdent la place au citron vert et aux notes salines. C'est la fête au palais !

Ce qui génial dans ce cépage, c'est qu'il peut exprimer une maturité poussée, tout en gardant une belle acidité ET en ayant un faible taux d'alcool (12.5 % vol). Il me paraît une bonne piste pour l'adaptation des vignes au réchauffement climatique. Par ailleurs, la comparaison 2014/2015 montre que le cépage se montre plus aimable sur un millésime solaire. On peut supposer qu'il y a quelques décennies, ça ne devait pas être souvent le cas. Cela peut peut-être expliquer pourquoi il avait été abandonné (c'était un peu pareil avec le Petit Verdot qui était bon dans les années 50 une fois tous les 10 ans, et qui donne aujourd'hui chaque année d'excellents vins.