lundi 27 juillet 2015

Pressoir romain rouge : la baffe inattendue


Pour être honnête, je n'attendais rien de particulier de ce Pressoir romain rouge 2011, même si j'apprécie beaucoup son alter égo blanc. A la recherche d'un vin à faire découvrir, je suis passé devant la palette où les vins du domaine sont stockés. Cela m'a fait penser qu'un fidèle client m'avait demandé il y a quelques jours ce que je pensais du Pressoir rouge. "Allez, tiens, me suis-je dit, ça changera des vins du Languedoc et du Jura."
 
Deux minutes plus tard, elle est ouverte. Je me verse un verre. La robe est classique : grenat sombre, très légèrement évoluée. J'approche mon nez. Et là, la claque : une fraîcheur qui sort vraiment de l'ordinaire, mais surtout une odeur qui me ramène quelques en années en arrière : on se croirait dans un chai à barriques médocain, avec ces arômes de vins en cours d'élevage et de chêne intimement mêlés. J'irais même jusqu'à dire que je visualise (et surtout je sens) des employés en train de soutirer une barrique à moins d'un mètre.
 

A ces odeurs de chai d'élevage s'ajoutent des notes de cassis frais et d'herbes médicinales(ciste, romarin, menthol).

Lorsqu'un nez vous fait voyager ainsi, vous n'avez qu'une crainte : que la bouche ne soit pas à la hauteur. En l'occurrence, l'expression suisse "je suis déçu en bien" n'a jamais été aussi pertinente, même si elle minimise un peu trop l'évènement. Après la claque, la grosse baffe. La bouche est d'une droiture impressionnante, tendue par une acidité vibrante, tonique mais pas agressive, enveloppée d'une matière dense et veloutée, et surtout très fraîche grâce à des notes intenses de menthe et de poivre cubèbe, carrément obsédantes.

La finale éclatante, fraîchissime (sic),  prolonge la dynamique, reprenant pêle-mêle les notes aromatiques du nez et de la bouche, dans une sorte de bacchanale infernale et jubilatoire. J'adore. Vraiment. Peut-être parce que ce vin réussit à réunir ce que j'aime dans le Médoc et en Toscane. Cette espèce de fraîcheur qui vous transperce l'âme sans vous abîmer le palais.

Je ne vous l'ai pas dit jusqu'à maintenant car c'est presque secondaire : ce vin est un mélange assez surréaliste de Braquet, Mourvèdre, Syrah, Grenache, Merlot et Cabernet Sauvignon provenant des hauteurs de Nice. Bref, un vin vraiment étonnant.
 
PS : je ne peux évidemment pas vous garantir que le choc que j'ai eu se reproduira lorsque vous ouvrirez cette bouteille. Nous avons tous des ressentis différents même s'il arrive qu'ils se rejoignent. Par contre, je crois pouvoir dire que si vous aimez le Cabernet-Sauvignon dans ce qu'il a de plus expressif et les vins italiens à la droiture percutante, vous ne devriez pas être déçus.