jeudi 26 avril 2018

Oooh, Gabrielle (2) : les rouges


Je vous parlais hier des blancs produits par les Terrasses de Gabrielle. Voici les deux nouveaux rouges (nous avons été réapprovisionnés en Et moi, Wonderland et Un jour au cirque, mais ce sont les mêmes millésimes que précédemment). Deux monocépages aux extractions douces, peu (pour Ponpon) ou pas (pour Zero) sulfités. Les deux sont bouchés à vis (choix que devraient faire plus souvent les producteurs de vins "nature", car plus protecteurs contre l'oxygène). Il est donc conseillé de bien les aérer, voire les carafer, même s'ils ne sont ni réduits, ni perlants. Il faut juste les voir comme un type au départ discret, et qui devient tout de suite plus bavard dès que vous le mettez à l'aise. Ben là, c'est pareil. 




100 % Counoise

La robe est grenat très translucide (rare à ce point en Languedoc).

Le  nez, après une bonne aération, est très sympa, sur la tarte aux quetsches qui sort du four (noyaux inclus), avec des épices douces et même une légère touche florale (rose fanée). 

La bouche est ronde, ample, toute douce, avec une matière délicate, presque impalpable et une acidité arachnéenne qui étire élégamment l'ensemble. Même si l'aromatique diffère, on est dans l'esprit d'un Pinot noir bourguignon que d'un vin sudiste. 

La finale dévoile une fine mâche savoureuse, où l'on retrouve la quetsche et les épices. Ce n'est pas d'une longueur folle (euphémisme), mais ce n'est pas ce que l'on demande à ce type de vin glou-glou. On s'en ressert une gorgée, et puis voilà. 

Ce vin fait partie des rares rouges que l'on peut boire sans souci à l'apéro, même si vous repassez ensuite au vin blanc pour l'entrée. Il ne lui fera pas ombrage... 




100 % Cinsault 

La robe est entre le grenat sombre et le pourpre. 

Le nez, même après aération, n'est pas très causant (mise encore récente). On perçoit toutefois de la cerise (rouge et noire), une pointe de framboise, quelques épices. 

La bouche est ronde, charnue, veloutée, avec une matière qui gagne progressivement en densité. L'ensemble est frais et équilibré : on a du mal à imaginer que le bébé pèse 14 °. Le fruit  est présent, sans être envahissant. 

La finale est encore serrée (mise récente, disais-je) avec des tannins qui accrochent un peu le palais. Mais elle est digeste, finement épicée, sans la moindre sensation alcooleuse (mais où sont les 14 ° ?).  Quelques tranches de cochonnaille, et ça passe tout seul ! [pardon aux clients vegans]

mercredi 25 avril 2018

Oooh, Gabrielle (1) : les blancs


Les vins des Terrasses de Gabrielle sont de retour ! Nous parlerons prochainement du nouveau millésime de Ponpon le cheval et de Zero just for one day, mais pour l'heure, nous allons nous intéresser aux deux blancs. Soif d'idéal est désormais un classique du site, que beaucoup ont déjà pu appréciée. Huracan, c'est le p'tit nouveau de la bande. Il est atypique dans son assemblage (Petit Manseng, Chenin, Vermentino) et provient de deux terroirs très différents (schistes et argilo-limoneux). Une cuvée qui a donc toute sa place à Vins Étonnants ;-)



Soif d'idéal 2017 (7.50 €)

Roussanne, Grenache, Viognier, terroir de schistes de Berlou

La robe est jaune pâle, brillante. 

Le nez est très expressif, tout en restant fin/aérien, sur la violette, l'abricot, le melon ... et la pierre humide.

La bouche est élancée, avec une tension très schiste qui étire une matière ronde, mûre, sachant rester digeste au vu de la région et de l'assemblage (mais on est loin d'un Muscadet, hein). 

En finale, ce sont les (nobles) amers qui prennent le relais pour éviter tout sentiment de lourdeur : bigarade et quinquina contre-balancent les fruits jaunes. Puis arrivent des épices finement grillés qui prolongent le vin. 

Pour 7.50 €, c'est plus qu'irréprochable. D'autant que ce vin devrait pouvoir s'adapter à pas mal de situations : apéro, plats exotiques, viandes blanches, melon/jambon, fromages affinés... 



Huracan 2017 (9.50 €)

 Petit Manseng et Chenin sur schistes, Vermentino sur sol argilo limoneux 

La robe est jaune paille, brillante. 

Le nez fait plus mûr que le précédent, mêlant les fruits jaunes à la boutique de bonbons (sucre d'orge, Malabar ®).

La bouche est plus large que longue – marqué à vie par Mondovino, je suis – avec une matière mûre, à la chair dense, pulpeuse, à la limite du tannique, rappelant la texture d'un vin orange, sans l'aromatique typique.

La finale est puissante, intense, avec des amers plus marqués que Soif d'Idéal, mais aussi une certaine astringence (crayeuse), puis arrive – enfin ! – l'acidité typique du Chenin et du Petit Manseng qui trace sévère, renforcée par les amers (gentiane, écorce de pomelo). Ça envoie !


mardi 24 avril 2018

Bien luné : les cieux lui sont favorables


Bien luné fait partie des incontournables de Vins étonnants depuis plus d'une décennie. À ce titre, il nous paraît indispensable d'en sacrifier une bouteille, histoire de pouvoir renseigner les clients sur un éventuel besoin d'aération (ou de dégazage, que sais-je ?). Sur le 2017 que nous venons de recevoir, rien à signaler, en fait : c'est bon dès l'ouverture, même si les arômes se complexifient au bout de 20-30 mn. 

Ce vin comprend principalement du Grenache, complété par de la Syrah. Cette année, c'est clairement celle-ci qui domine dans l'aromatique. On n'ose à peine imaginer à quoi ressemblait le lot de Syrah qui a été assemblé : ça devait être violent ! 

La robe est pourpre sombre translucide. 

Le nez est fin, élégant, sur des notes fumées, poivrées, mais aussi florales (rose, violette) et cacaotées. Avec l'aération, c'est le floral qui finit par l'emporter !

La bouche est élancée, avec une matière souple, veloutée, qui prend progressivement  de l'ampleur. L'ensemble est étonnamment frais et aérien pour un vin à dominante grenache. Le fruit est présent sous deux formes : la cerise noire et l'orange sanguine. 

C'est cette dernière qui prend le dessus en finale, marquée par l'écorce d'agrume – dans ce qu'elle peut avoir d'amertume tonique – prolongée par des notes de tabac gris, de poivre et de tapenade. 

Le rapport qualité/prix (9.90 €) me semble juste excellent : je connais peu de vins qui apportent autant de plaisir et de complexité pour moins de 10 €. Et il est en biodynamie, de surcroît. Que demande le peuple ?



lundi 23 avril 2018

Sacrée Marcelle !


Lorsqu'il est écrit Malvoisie sur une étiquette, se pose toujours la question de quel cépage il est question. Car selon les régions ou pays, ça change du tout au tout : en Autriche, c'est le Savagnin, en Corse, c'est le Vermentino, en Suisse, c'est le Pinot gris, à Madère, c'est le Furmint, en Gironde, c'est la Muscadelle, dans le Roussillon, le Tourbat... Bref, le bazar intégral. Le vin du jour est savoyard : à l'instar du voisin suisse, la Malvoisie est ici le Pinot gris ! Franchement, il faut le savoir, car lorsqu'on déguste cette Marcelle signée Adrien Berlioz, il est difficile de faire le rapprochement avec le cépage alsacien. Et je gage que si vous servez ce vin à l'aveugle, il est peu probable que vos convives devinent le cépage  ou la région de production. 

La robe est jaune paille, brillante. La nez est expressif, évoquant les fruits jaunes et blancs bien mûrs, le miel et le beurre. 

La bouche est ronde, très ample, avec une matière riche, généreuse, presque grasse, heureusement équilibrée par une fraîcheur inattendue, apportant du peps et de la tension.

En finale, c'est un joli mix entre amertume et astringence qui évite toute lourdeur. Ce sont les (nobles) amers qui finissent pas l'emporter, prolongeant longuement le vin.  

Un Pinot gris qui sort vraiment de l'ordinaire, loin du stéréotype alsacien. Il pourra accompagner des poissons de rivière légèrement crémés, des viandes blanches aux champignons, et bien sûr des fromages de Savoie !




vendredi 20 avril 2018

Chat fou : tout est nouveau !


Le nouveau Chat fou est arrivé depuis peu. Avec une nouvelle étiquette, un nouvel assemblage, et donc ... un nouveau goût. Auparavant, il contenait trois cépages rouges (Grenache, Carignan et Cinsault) et deux cépages blancs (Marsanne, Roussanne). Sur le 2016, seul le Grenache reste en rouge, et la Roussanne a été remplacée par la Clairette. Du coup, l'aromatique est un peu moins fofolle qu'auparavant, car les deux cépages blancs ne sont pas des plus exubérants. C'est clairement le Grenache qui prend le dessus. La présence de la Clairette et de la Marsanne se ressent plus sur la texture aérienne et la digestibilité du vin. 

Les afficionados de cette cuvée pourront donc être un peu déçus, car il n'y retrouveront pas le chat qu'ils ont perdu. Toutefois, cela reste un bon rapport qualité/prix (9.90 €) et surtout un vin des plus polyvalents grâce à la finesse de ses tannins et son aromatique plutôt classique. 

La robe est grenat sombre mais bien translucide.

Le nez est d'abord réduit, sur des notes fumées (pas désagréables, ceci dit) puis s'ouvre sur la pivoine, la cerise mûre, le poivre et le cacao. Et avec plus d'aération encore, arrivent la framboise et l'encens.

La bouche est ample, sphérique, déployant une matière douce, caressante, très aérienne, avec une délicatesse rare en Rhône méridional. Une trame acide sous-jacente apporte une belle tension, avec quelques notes de rafle en prime. L'équilibre est vraiment top, sans la moindre sensation alcooleuse. On peut juste lui reprocher pour l'instant un manque de complexité aromatique (on est surtout sur de la prune cacaotée).

La finale est finement mâchue, légèrement amère, sur le noyau de cerise, la quetsche et les épices, mais aussi un "trait vert" tonique à souhait.



mardi 17 avril 2018

Quand "Madame da Ros" passe en cave...


Depuis 2-3 ans, lorsque vous goûtez à un stand les vins d'Elian da Ros, il vous est aussi servi aussi les vins de Sandrine Farrugia, sa compagne. À chaque fois, ce fut un électro-choc, les vins de Madame surpassant parfois ceux de Monsieur. Ce fut particulièrement le cas cette année à la Dive, où Épiphyte 2014 domina les débats. J'ai réussi à convaincre Lechef à référencer les trois vins de Madame, et après les avoir regoûtés ce jour, je ne me repens pas de ce lobbying forcené...

Je précise que le titre est un peu réducteur : Sandrine Farrugia ne fait pas que passer en cave : elle gère 7 hectares de vigne. 



52 ares  2015 (15.95 €) 

Sauvignon et Sémillon

La robe est dorée, brillante. 

Le nez est intense, mêlant les fruits blancs mûrs à des notes plus végétales qui apportent de la fraîcheur. À l'aération arrivent de l'anis, de la fleur de tilleul, du poivre de cassis. Du silex frappé, aussi. 

La bouche est longiligne, tendue par une fine acidité traçante, mais enrobée par une matière mûre/moelleuse, rendant l'ensemble bien équilibré et digeste. 

La finale tonique prolonge tout cela, avec des amers assez marqués – écorce de pomelo – et des notes de thé fumé et de feuille de cassis. 

Un vin plein de personnalité, sans concession : ça passe (super bien) ou ça casse. 


La Vague 2015 (13.90 €)

1/3 Abouriou, 1/3 Cabernet-Franc, 1/3 Merlot

La robe est grenat sombre translucide.

Le nez est fin, profond, sur les fruits noirs, le noyau, la fumée et les épices. 

La bouche est ronde, fraîche, tonique, avec une matière fine et soyeuse inhabituelle dans le Sud-Ouest, et un fruit bien mis en avant. 

La finale est nette, avec des tannins plutôt discrets, une fine amertume qui apporte de la niaque, et un retour des fruits noirs et de la fumée (et rafle ?). 



Épiphyte 2014 (19.50 €)

2/3 Cabernet-Franc, 1/3 Merlot

La robe est rubis très sombre ... mais translucide.

Le nez est réduit à l'ouverture (mise en bouteille récente, si, si...). Arrivent ensuite la gelée de fruits rouges, le cassis, le poivre, les épices douces...

La bouche est élancée, aérienne, avec une matière d'une incroyable finesse qui vous tapisse le palais. Mais on sent aussi qu'il y a du fond, de la profondeur, et que ce vin n'est qu'au tout début de sa vie. Le cassis domine, suivi par le poivre et le pierreux. 

La finale est encore un peu serrée, sans être dure toutefois, très sapide et saline, avec un cassis frais qui s'impose, prolongé par le menthol. On côtoie le grand, avec nul doute qu'il le deviendra. Il pourra alors concourir aux "plus beaux vins du Sud-Ouest". 

lundi 16 avril 2018

Riesling Stoeffler : le BON nature !


Les vins nature, c'est comme les chasseurs : il y a les bons et les mauvais. D'une façon générale, nous essayons de privilégier les bons. En tout cas, ceux que nous trouvons bon. Il y a quelques vins plus bordeline qui font partie de l'histoire de Vins étonnants. Mais le quota est atteint. Nous refusons toute nouvelle proposition dans ce genre. Ce Riesling Nature 2016 fait assurément partie des bons,  même s'il ne ressemble pas vraiment à un Riesling "classique".  Il a sa personnalité bien à lui, qui plaira ou non. Moi, j'aime vraiment bien !

La robe est d'un or intense qui pourrait faire penser à un liquoreux. 

Le nez est tout aussi intense, sur la mirabelle chauffée au soleil, l'écorce d'orange, la rose et la mangue séchées...  

La bouche est ronde, ample, avec une matière mûre, pulpeuse, bien dense, et une tension infaillible, sans que l'on ne ressente l'acidité typique du cépage : rien de tranchant dans ce vin, même s'il ne manque pas de fraîcheur. Mais elle provient plutôt d'un très léger perlant (gaz carbonique provenant de la fermentation). 

La finale est puissante, avec une amertume bien marquée : mais une amertume comme j'aime, qui évoque l'écorce d'agrume (ici, plutôt yuzu/mandarine) et le quinquina (cf le Schweppes ®). Cela se prolonge longuement sur cette aromatique amère, avec un côté obsessionnel qui n'est pas pour me déplaire. Bref, un "nature" des plus recommandables, pour un prix raisonnable (11.50 €). 


mercredi 11 avril 2018

Visite du domaine Pignier


Le salon Le nez dans le vert me donnait l'occasion de passer quelques jours dans le Jura. Et donc de visiter quelques domaines chers à mon coeur. Parmi eux, le domaine Pignier, installé à Montaigu. Je connais les vins depuis quelques années maintenant. Je les commercialise, même. Et j'ai rencontré Jean-Etienne Pignier dans divers salons. Mais aller sur place, c'est tout de même autre chose. J'ai en plus une chance inouïe : il y a du soleil et du ciel bleu (oui, ça existe encore !). 

Montaigu est une ancienne place forte  jonchée sur un piton rocheux qui protégeait Lons-le-Saunier au Moyen-Âge (le sel, c'était un peu l'or de l'époque). Le château a été rasé en 1668 par les Français à une époque où il était sous pavillon espagnol. Dès le XIIIème siècle, des moines chartreux y avaient bâti un monastère, et bien sûr, planté des vignes. Il y resteront jusqu'à la Révolution francaise. En 1793, les ancêtres de la famille Pignier rachètent le monastère et le vignoble qui en dépend. Le phylloxera et la 1ère guerre mondiale vont le mettre à mal. Léandre Pignier ne conserve que 2 ha de vigne et convertit le reste des terres à la polyculture. Il faudra attendre 1970 pour que Paulette et François Pignier replantent 5 ha supplémentaires. Leurs trois enfants – Jean-Etienne, Antoine et Marie Florence –  arrivent progressivement dans les années 1985-95 et prolongent l'oeuvre parentale en plantant une dizaine d'hectares supplémentaires. 


Le domaine a démarré sa conversion à la biodynamie en 1998 avec l'aide de Pierre Masson. Le premier contrôle et certification Demeter se fait en 2003. Quinze après, les frères et soeur ne regrettent rien. Ils ont même été au-delà de ce qui est demandé par le cahier des charges en ne sulfitant plus une partie de leurs cuvées, et en ajoutant des doses très faibles aux autres. Mais comme nous le verrons tout à l'heure, leurs vins n'ont rien de "nature", en tout cas dans le mauvais sens du terme. 



Le chai principal est un peu plus haut dans la (quasi unique) rue de Montaigu. Lorsque je m'y rends avec Jean-Etienne, je n'ai pas pris que mon téléphone portable, d'où la mauvaise qualité des clichés.  Dans ce bâtiment, toute la vendange est amenée, et selon la couleur des cépages, pressurée ou égrappée, mis en cuve, en amphore ou en barrique plus ou moins volumineuse. 


Il y a trois cuves béton ovoïdes



et de plus en plus d'amphores en terre cuite


... mais le bois est encore bien présent. Ici reposent toutes les cuvées de rouge (Trousseau, Poulsard, Léandre) , ainsi que les différents blancs ouillés (GPS, Percenette, Gamay blanc...). Les cuvées non ouillées (sous voile) reposent dans la cave de l'ancien monastère que nous verrons tout à l'heure. 



C'est également ici qu'est stocké le matériel viticole, que ce soit le dynamiseur, le pulvérisateur ou le rolofaca "maison" fabriqué par Antoine : il sert à coucher l'herbe dans les rangs de  vignes sans la couper. Cela crée un paillis qui favorise la vie microbienne, limite l'évaporation, conserve la fraîcheur en été, et donne une portance au tracteur lorsqu'il doit passer les lendemains de pluie. 


Dans un jardin proche de la maisin, un "bac à sable" peu ordinaire. En dessous de cette terre très légère, reposent des centaines de cornes remplies de bouse. Elles ont été placées ici à l'automne et seront sorties dans quelques jours (au moment de Pâques). On en sortira une bouse "transcendée" qui servira de base à la préparation 500, dont le but est de stimuler la vie dans le sol. 

Ces vignes sont juste au pied du village de Montaigu


Une partie des pieds sont taillés en taille poussard  : dérivée de la Guyot, elle favorise une meilleure circulation de la sève dans la plante, limitant les maladies du bois (comme l'Esca). 


Nous sommes sur l'une des deux reculées de la commune : ces échancrures du plateau calcaire protègent les vignes contre les vents dominants, créant un micro-climat bénéfique. Tout en haut, les dernières plantations du domaine reprises sur les broussailles. Le sol y est d'excellente qualité et devraient donner de grands vins. 


L'on voit bien que la reculée est étroite. Le versant opposé est proche. 



Retour au domaine : nous descendons dans la cave contruite par les Chartreux au XIIIème siècle. 



Et c'est MA-GNI-FIQUE ! 
Sont élevés ici durant plusieurs années les cuvées Cellier des Chartreux (Chardonnay), Savagnin et le Vin jaune. 



La boutique du domaine



On passe aux choses sérieuses !

Crémant Brut (millésime 2015, 80 % Chardonnay, 20 % Pinot noir) : le nez tonique est sur la pomme et la fleur d'acacia. La bouche est fraîche, droite et équilibrée, avec des bulles plus fines que ce que j'avais goûté il y a deux ans (c'était le 2013, millésime plus compliqué).  C'est très sympa.

Crémant Brut (millésime 2016, pas encore en vente) : le nez est plus frais, avec plus de profondeur. La bouche est plus tendue, plus élégante, plus fraîche aussi. Très prometteur !

Crémant L'autre (millésime 2014, ensemencé par du moût de 2015, sans soufre ni dosage). Le nez est nettement plus complexe, sur la pomme tapée et les fruits secs. La bouche est ample, fine, élégante, avec des bulles délicates et une acidité traçante. Superbe !

Trousseau 2016 :  le nez est très floral, avec aussi de la griotte et de la framboise. La bouche est élancée, élégante, avec une matière délicate au fruit pur, à la fraîcheur communicative. Mon dieu que c'est bon !

Trousseau Gauthières 2016 : le nez est plus fumé, tout en gardant du floral, avec aussi de l'encens, des notes grillées. Très beau, quoi. La bouche est traçante, d'une pureté éblouissante, avec une matière très aérienne, presque impalpable. Et un  fruit d'une beauté ! La finale fumée évoque la rafle, même s'il n'y en avait pas dans l'amphore qui a servi à la vinification. 

À table avec Léandre 2016 (assemblage de vieux cépages jurassiens) : le nez est plus discret, pas encore en place. La bouche est ronde, pure, élégante, et manque elle aussi d'expressivité. Mais le toucher de bouche, profond et soyeux,  est juste superbe. La finale est dominée par' le floral. Patience. 

GPS 2017 (Chardonnay, Poulsard, Savagnin, vinifié en blanc ouillé) : le nez évoque les fruits blancs mûrs. La bouche est ronde, fraîche, gourmande, avec une belle tension. La finale est tonique et salivante. Très bien !

Percenette 2016 (Melon à queue rouge) : le nez est magnifique, sur la noisette grillée et des fines notes fumées. La bouche est ample et élégante, avec une matière classieuse alliant maturité et fraîcheur. La finale est longue et intense. Futur grand vin !

Gamay blanc 2016 (Chardonnay) : le nez est plus frais et plus fruité. Bouche plus tendue et intense, enrobée par une rondeur gourmande. La finale est plus mâchue, avec une légère sensation de douceur (mais non, il n'y a pas de sucre résiduel). 

Sauvageon 2015 (Savagnin ouillé) : le nez est plutôt discret. La bouche, par contre, a beaucoup  de personnalité : sa grande tension évoque un Riesling sur schistes, avec une matière aérienne non dénuée de fond. Vraiment classe, et là aussi, futur grand vin. 

Cellier des Chartreux 2014 (Chardonnay élevé 3 ans sous voile) : le nez est très noiseté, avec un léger rancio. La bouche est ample, très aérienne, avec une tension inflexible et une aromatique intense sur les fruits secs. La finale très expressive évoque le pralin et la noix confite. J'adore !

Savagnin 2014 (élevé 3 ans sous voile) : le nez est très "croûte de comté" et curry. La structure de la bouche est proche du vin précédent, avec peut-être une acidité un peu plus saillante, traçante à souhait. La finale est intense, sur les mêmes notes oxydatives 

Vin jaune 2011 : l'aromatique est proche, avec plus d'intensité. La bouche gagne encore en tension, la matière en densité et en maturité, tout en restant digeste/aérienne. La finale est très puissante, sur la noix grillée et le curry. 

Vin jaune 2009 : le nez est plus mûr et plus intense (liqueur de noix). La bouche est ample, élégante, avec une matière ronde et (très) riche.  L'intensité aromatique est hénaurme, mais sans la moindre agressivité. La finale évoque la morille et la noisette grillée. 

Vin de paille 2011 : le nez évoque les fruits confits et les épices. La bouche est ronde, douce, élégante. La finale fraîche est bien équilibrée, avec un sucre totalement intégré. 

Macvin blanc : le nez est marqué par le marc. La bouche est fraîche et équilibrée, sans lourdeur ni alcool.

Macvin rouge (pinot noir) : le nez associe un fruit pétaradant et des notes de marc. La bouche est toute en rondeur fruitée, gourmande, veloutée, sur des arômes de cerise rouge, noyau inclus. On se boirait la quille !...

Merci à Jean-Etienne pour cette belle visité !

lundi 9 avril 2018

Las Niñas : oh les jolies filles !


Non, nous n'importons pas encore du vin du Chili. Il se trouve que l'un des domaines avec qui nous travaillons (Terra Remota en Catalogne) est co-actionnaire de ce domaine Las Niñas, dans la vallée de Colchagua. Il nous les a présentés lors de salons en début d'année. La plupart nous ont plu. Et les voilà donc. Une partie de la gamme est certifiée bio. Le reste devrait l'être dans les prochaines années. On peut dire que c'est bon, pas cher, et assez loin d'un "style international" (excepté peut-être le Chardonnay). Le haut-de-gamme du domaine est magnifique, mais ça pique beaucoup plus en terme de prix. Faudra vraiment que vous insistiez pour que nous nous y essayions... 


Chardonnay 2015 (9.90 €)

Certifié BIO

La robe est or pâle, brillante. 

Le nez est expressif, sur les fruits blancs beurrés, le melon et une touche fumée. 

La bouche est ronde, finement charnue, avec le côté beurré/fumé qui prend le pas sur le fruit bien mûr. 
La finale est équilibrée, jouant sur un subtil duo amertume/astringence  qui évite toute lourdeur. Le tout se prolonge sur des notes fumées/grillées. 


Carmenère 2015 (9.90 €)

La robe est pourpre sombre translucide. 

Le nez est appétissant, sur le cassis, la framboise et quelques épices douces. Une petite touche mentholée/végétale vient apporter un supplément de fraîcheur. 

La bouche est élancée, déployant une matière soyeuse, fruitée et fraîche à la gourmandise communicative. 

La finale est finement mâchue, mêlant la framboise au poivre et se prolongeant sur des notes salines. Une belle initiation à la Carmenère, toute en sobriété gourmande. 



Certifié BIO


La robe est grenat sombre  translucide.  

Le nez  est gourmand, sur la prune, la cerise noire, avec le lard fumé/poivré de la Syrah. 

La bouche est ronde, fraîche, fruitée, avec une matière souple, friande, et ce qu'il faut de tension.  

La finale est finement mâchue, dominée par un fruit éclatant et poivré. Très sympa, dans un style sans prétention. 


Syrah Ella 2016 (10.90 €)

Certifié BIO

La robe est rubis bien translucide (ça fait presque Pinot noir). 

Le nez est fin, fruité, sur la cerise, la framboise et le poivre blanc. 

La bouche est fraîche, élancée, avec une matière étonnamment souple, soyeuse, aérienne et une tension sans la moindre raideur. Là encore, on partirait plus sur du Pinot que de la Syrah. 

La finale est finement mâchue, avec ce goût de terre fraîchement retournée très bourguignonne, de framboise et de poivre, et du salin en ultime sensation . Très bien, à condition de ne pas vouloir y retrouver la Syrah à tout prix ;-)



La robe est rubis sombre translucide. Le nez est d'abord peu expressif (besoin d'aération) puis dévoile des notes de crème de fruits noirs (mûre, myrtille), d'épices de Noël et de sous-bois automnal.

La bouche est ronde, bien ample, avec une matière soyeuse qui gagne progressivement en densité et une belle tension sans la moindre relâche. Le fruit  est pur, intense, avec des nobles notes terreuses en arrière-plan. 

La finale est salivante, mêlant le cassis, le poivre et le menthol. Très bien  !










vendredi 6 avril 2018

Clos de T Vieilles Vignes 2010, digne successeur du 2007


Pendant près de deux ans, nous sommes restés sur les Vieilles vignes 2007 du Clos de T. Tout a une fin. Nous sommes désormais passés sur le millésime 2010.  Même s'il y a un saut de trois ans, la continuité stylistique est respectée. Il y a peut-être un supplément de matière sur le 2010, mais ça ne se tient pas à grand chose. Le principal, c'est qu'il y ait cette tension qui "électrise" le vin car on a vite fait de tomber dans la "mollesse alcooleuse" avec ces vins très majoritaires en Grenache (90 %).  

La robe est grenat sombre translucide avec des reflets d'évolution.

Le nez est fin, profond, sur des notes de cerises à l'eau de vie, de prune et d'épices, avec des notes de garrigue qui apportent de la fraîcheur. Arrivent ensuite du cacao et de la baie de genièvre. 

La bouche est élancée, avec une matière soyeuse qui gagne progressivement en densité et ampleur. L'ensemble est étonnamment frais et aérien pour un vin qui "pèse" 15 % d'alcool (à condition de le boire à 15-16 °C). 

La finale est plus terrienne, avec une mâche puissante, crayeuse, marquée par les épices et les fruits confits. Cela se poursuit agréablement sur le cuir et des notes chocolatées. 


jeudi 5 avril 2018

C'est Apremont bon !


C'est une nouveauté à Vins étonnants, mais pas chez le producteur, la Giachino family. Cet Apremont est certainement très différent de tous ceux que vous avez pu boire lors de vos séjours alpins. C'est un peu le Muscadet local, vendu pour dissoudre instantanément dans l'estomac les tartiflettes et les fondues. Et ça marche plutôt bien, même s'il peut y avoir des effets secondaires. Par contre, difficile d'éprouver un soupçon de plaisir. Cet Apremont est rafraîchissant, mais pas du tout agressif. Peu probable qu'il fasse des miracles en cas d'abus fromager, mais vous aurez eu du plaisir à le boire, que ce soit à l'apéro ou sur des fruits, des poissons ou un fromage de chèvre. 

La robe est jaune pâle, brillante.

Le nez est fruité, gourmand, sur la pomme chaude, la fleur de tilleul, l'écorce de cédrat, et une touche de craie humide.

La bouche est ronde, éclatante de fraîcheur, avec une matière croquante/pulpeuse  qui vous emplit agréablement le palais, et un très léger perlant en arrière-plan. L'équilibre est nickel : on n'a à peine l'impression de boire du vin tans l'alcool est imperceptible.

La finale est juste assez astringente pour vous recalibrer les papilles sans les agresser, avec cette pomme qui revient et des notes crayeuses/salines qui prolongent le tout.



mercredi 4 avril 2018

Tessier, la totale, ou presque



Il y a une quinzaine de jours, nous avons fait rentrer ce qui était disponible chez Philippe Tessier, vigneron à Cheverny. C'était maintenant ou jamais, car les récoltes ont été très faibles ces deux derniers millésimes. Il faut espérer que 2018 sera plus clément, car le cellier est quasiment vide. Vous le remarquerez probablement en lisant les lignes qui suivent : je suis plus fan des blancs que des rouges, même si ces derniers sont irréprochables. Disons qu'ils sont plus interchangeables avec ce que l'on peut trouver ailleurs, alors que les blancs – particulièrement les Cour-Cheverny – rentrent direct dans la cour des excellents vins français : ils n'auraient pas à rougir face à des appellations nettement plus prestigieuses. 





La robe est burlat translucide. 

Le nez est friand, sur le noyau de cerise, la violette, le poivre et des notes amyliques (carbo...). 

La bouche est ronde, ample, soyeuse, avec une matière souple, gourmande, au fruit croquant. 

La finale est encore un peu serrée (mise en bouteille récente) mais elle laisse entrevoir des notes fruitées/florales/épicées sympathiques, se concluant sur le salin. 


La robe est grenat sombre translucide. 

Le nez est plus fin et profond, plus "pinotant", aussi, sur la cerise, la pivoine, la terre humide, les épices. 

La bouche est élancée, déployant une matière soyeuse – mais pourvue d'une densité certaine – qui vous emplit agréablement le palais. C'est frais, équilibré, avec un fruit expressif et du floral qui ajoute à son charme.

La finale dévoile une fine mâche épicée, légèrement fumée, avec des notes de violette et de petits fruits rouges se prolongeant sur le poivre blanc. 

Cheverny 2017

Cheverny blanc 2017 (12.00 €)

La robe est jaune pâle, brillante.

Le nez  appétant évoque les fruits blancs chauffés au soleil, la groseille à maquereau, la fleur de tilleul. Et puis un peu le bourgeon de cassis, tout de même. 

La bouche est ronde, ample, caressante, avec une matière douce, finement charnue, distillant du fruit et de la fraîcheur. L'équilibre est des plus agréables, dans un style apaisé/désaltérant. 

La finale est gourmande, avec de la niaque et une fine astringence, avec un joli retour sur les fruits blancs, légèrement beurrés. Une tarte au fruit liquide :-)



Cour-Cheverny 2016 (12.95 €)

La robe est jaune paille brillante.

Le nez est expressif, sur la pomme rôtie au beurre, la frangipane et le croissant chaud. 

La bouche est à la fois ample et élancée, vous tapissant généreusement le palais d'une matière mûre, dense, vineuse, mais néanmoins fraîche. 

La finale est très gourmande, évoquant le sablé au beurre breton, l'amande grillée, la pomme chaude. Tuerie... 


La robe est d'un bel or intense. 

Le nez possède également ces notes "pâtissières" (en plus puissant), mais aussi du coing confit qui pourrait faire songer à un Chenin. 

La bouche affiche une grande tension, enrobée par une matière d'une impressionnante concentration. Sa texture et sa maturité pourrait presque évoquer un vin moelleux ... sauf qu'il n'y a pas le moindre gramme de sucre. Son côté droit et altier nous guiderait vers un Riesling Grand Cru ou un grand Chenin. Tout faux...

La fin puissante mêle les nobles amers à une fine astringence, entre kumquat et coing confit. Puis arrive de la pâte feuilletée beurrée/caramélisée. Et pour finir, un amer très ligérien qui se prolonge avec classe et intensité. Si c'est pas du grand vin, ça y ressemble.